La vie dans cette société étant, au mieux, profondément ennuyeuse et pas le moindre aspect de cette société ne concernant les femmes, il ne reste aux filles civilisées, responsables et passionnées plus qu'à renverser le gouvernement, détruire le système monétaire, instaurer une automatisation totale et anéantir le sexe masculin.
Il est désormais techniquement possible de se reproduire sans l'aide des mâles (ou des femelles, d'ailleurs) et de n'engendrer que des femelles. Nous devons immédiatement nous y mettre. Conserver le mâle n'a même plus la douteuse excuse de la reproduction. Le mâle est un accident biologique : le gène Y (mâle) est un gène X (femelle) incomplet et, donc, il n'est qu'un ensemble incomplet de chromosome. Autrement dit, le mâle est une femelle incomplète, un avorté ambulant, l'échec est inscrit dans ses gènes. Être un mâle c'est être déficient, émotionnellement limité ; la masculinité est une carence grave et les hommes n'ont que des émotions boiteuses.
L'homme est complètement égocentrique, piégé à l'intérieur de lui-même, incapable d'empathie ou d'identification aux autres, d'amour, d'amitié, d'affection ou de tendresse. Il est un bloc complètement isolé, incapable de créer des liens avec qui que ce soit. Ses réactions ne sont que viscérales, jamais cérébrales ; son intelligence est un outil grossier au service de ses besoins brutaux ; il est mentalement incapable d'être passionné, ou d'interagir avec les autres. Il ne comprend rien à part ses propres sensations physiques. Il est à moitié mort, un bout de gras insensible, incapable de donner ou de recevoir du plaisir et du bonheur. Par conséquent il est, au mieux, profondément ennuyeux – un tas inoffensif – puisque seules les personnes capables de fusionner avec les autres peuvent avoir du charme. Il est prisonnier dans cette zone floue qui s'étend des humains aux singes et il est bien pire que les singes puisque, contrairement aux singes, il dispose d'une large palette de sentiments négatifs – haine, jalousie, contentement, dégoût, culpabilité, honte, doute – et en plus, il sait très bien ce qu'il est et ce qu'il n'est pas.
Mais bien qu'il soit un être totalement physique, le mâle reste inapte à la saillie. Même en lui accordant cette compétence mécanique (que peu d'hommes maîtrisent en réalité), il n'est premièrement pas capable de culbuter avec délice et passion : il est plutôt rongé par la culpabilité, la peur et l'insécurité, des émotions inhérentes à la nature du mâle, que même la plus lumineuse des éducations ne peut totalement effacer ; deuxièmement, la jouissance physique qu'il parvient à atteindre reste proche du néant et, troisièmement, il ne s'intéresse pas du tout à sa partenaire, obsédé qu'il est par sa performance, et qu'il faut devenir un super bon coup, et qu'il faut sacrément bien fourrer. Traiter un homme d'animal, c'est le flatter : il est une machine, un gode qui marche. On dit souvent que les hommes utilisent les femmes. Les utilisent pour quoi ? Pas pour leur plaisir en tout cas.
Rongé par la culpabilité, la honte, la peur et l'insécurité et ne parvenant (s'il est chanceux) qu'à une médiocre jouissance physique à peine perceptible, le mâle n'en reste pas moins obsédé par la baise. Il traversera volontiers une rivière de morve, pataugera le nez plongé dans des flots de vomis s'il pense qu'une chatte accueillante l'attend de l'autre côté. Il baisera une femme qu'il méprise, n'importe quelle vieille sorcière édentée, et il sera même prêt à payer pour ça. Pourquoi ? Pas pour se libérer d'une tension sexuelle, la masturbation serait suffisante. Et pas non plus pour satisfaire son ego, sinon il ne baiserait pas des cadavres et des nourrissons.
Complètement égocentrique, incapable de partager, de faire preuve d'empathie ou de s'identifier aux autres et obsédé par un désir sexuel perpétuel et omniprésent, l'homme est psychiquement passif. Il déteste sa passivité alors il la projette sur les femmes ; il se définit comme actif, puis s'efforce ensuite à prouver qu'il l'est bel et bien (prouver qu'il est « le Mec »). Sa technique principale pour essayer de le prouver, c'est de baiser (Un Beau Gosse avec une Bonne Queue qui culbute bien les Bonnasses). Mais comme il cherche à prouver quelque chose de faux, il doit « prouver » encore, et encore. Baiser, de ce fait, reste une tentative compulsive et désespérée de prouver qu'il n'est pas passif, qu'il n'est pas une femme ; mais il est passif et il veut vraiment être une femme.
Étant une femelle incomplète, le mâle passe sa vie à essayer de se compléter, de devenir une femelle. Ses tentatives se résument à systématiquement chercher la compagnie et l'amitié des femmes, à vivre parmi elles en espérant fusionner, et à s'approprier toutes les qualités féminines – force émotionnelle, indépendance, rigueur, dynamisme, esprit d’initiative, attitude toujours cool, impartialité, confiance en soi, courage, intégrité, vitalité, intensité, profondeur de caractère, allégresse, etc – tout en projetant sur les femmes ses propres défauts masculins : vanité, frivolité, futilité, vulnérabilité, etc. Il faut tout de même admettre que l’homme conserve un domaine dans lequel il est nettement supérieur aux femmes : les relations publiques. (Il a accompli là un travail extraordinaire : convaincre des millions de femmes qu’elles sont en fait des hommes, et que les hommes sont en fait des femmes). L'affirmation masculine selon laquelle les femmes ne peuvent s'épanouir que dans la maternité et la sexualité reflète en réalité ce que les hommes pensent qu'ils trouveraient épanouissant s'ils étaient eux-mêmes des femmes.
Les femmes, en d'autres termes, ne jalousent pas le pénis ; ce sont les hommes qui jalousent la chatte. Lorsque l'homme accepte sa passivité, lorsqu'il se définit comme femme (les hommes, autant que les femmes, pensent que les garçons sont des filles et inversement) et qu'il devient un travesti, il perd tout désir de baiser (ou de faire quoi que ce soit d'ailleurs, être une drag-queen lui suffit) et se fait couper la bite. Il accomplit alors son désir perpétuel et omniprésent de « devenir une femme ». Baiser c'est, pour l'homme, se protéger de son désir d'être une femme. Sa sexualité elle-même est une sublimation [NDT : au sens freudien du terme].
L'homme, par son obsession à vouloir compenser le fait de ne pas être une femme et vu son incapacité à s'identifier et à compatir, a fait du monde un tas de merde. Il est responsable de :
La Guerre : La méthode classique de l'homme pour compenser le fait de ne pas être une femme – c'est-à-dire sortir son Gros Canon – est franchement insuffisante, puisqu'il ne peut le sortir qu'un nombre très limité de fois ; alors il le sort à vraiment très grande échelle, et prouve au monde qu'il est un « Mec ». Étant donné qu'il n'a aucune compassion ni aucune empathie et pas la moindre capacité d'identification aux autres, prouver sa virilité vaut bien un nombre incalculable de vies perdues, la sienne comprise. Sa propre vie ne valant rien du tout, il préfère s'éteindre dans une explosion de gloire que traînasser, morose, cinquante ans de plus.
La Gentillesse, la Politesse et la « Dignité » : Chaque homme, au fond, sait qu'il n'est qu'une merde inutile. Submergé par sa bestialité et profondément embarrassé par elle ; désireux non pas de s'exprimer mais de cacher aux autres son obsession physique, son égocentrisme, cette haine et ce mépris qu'il a pour les autres hommes et que tous les autres hommes ont probablement aussi pour lui ; et traînant un grossier système nerveux qui panique à la moindre émotion ou au moindre sentiment, l'homme essaie d'imposer des codes « sociaux » qui lui assurent une parfaite banalité, le protégeant ainsi de toute trace de sentiment ou d'opinion dérangeante. Il utilise des termes comme « copuler », « union sexuelle », « avoir des relations avec » (pour les hommes, relations sexuelles est un pléonasme), enrobé dans les manières les plus guindées ; mais il reste un singe en costard.
L'Argent, le Mariage et la Prostitution, Le Travail et l'Impossibilité d'une Société Automatisée : Aucune raison humaine ne justifie l'argent ou que quiconque ait à travailler plus d'une ou deux heures par semaine, grand maximum. Tous les métiers qui ne sont pas créatifs (pratiquement tous les métiers qu'on exerce aujourd'hui) auraient pu être automatisés il y a longtemps déjà et, dans une société libérée de l'argent, chaque personne peut avoir tout ce qu'il y a de mieux du moment qu'elle le désire. Mais il existe des raisons inhumaines, masculines, à maintenir le système argent-travail en place :
1. La chatte. Méprisant sa nature hautement insuffisante, dominé par une intense anxiété et une profonde solitude dès qu'il se retrouve face à lui-même, désespéré qu'il est de se lier à n'importe quelle femme dans le vague espoir de s'accomplir, croyant dévotement qu'en touchant de l'or il pourra se transformer en or, l'homme brûle de pouvoir vivre éternellement en compagnie de femmes. Fréquenter la fille la plus misérable est toujours mieux que de rester seul, ou que de rester avec d'autres hommes qui ne font que lui renvoyer sa propre image dégoûtante. Mais les femmes – à moins d'être très jeunes ou très malades – n'acceptent la compagnie des hommes que sous la contrainte, ou pour de l'argent.
2. Fournir à l'homme-incapable-d'avoir-la-moindre-relation-humaine l'illusion d'être utile, et lui permettre d'essayer de justifier son existence en creusant des trous avant de les remplir. L'idée de temps libre terrifie l'homme, qui n'aura alors rien d'autre à faire que de contempler sa grotesque personne. Ne pouvant ni créer de lien ni aimer, l'homme doit travailler. Les femmes rêvent d'activités absorbantes, exaltantes et riches de sens mais, faute d'opportunité ou de compétences, elles préfèrent l'oisiveté et perdre leur temps comme elle l'entendent : dormir, faire du shopping, aller au bowling, jouer au billard, jouer aux cartes ou à d'autres jeux, enfanter, lire, se balader, rêvasser, manger, se tripoter, gober des pilules, aller au cinéma, se faire psychanalyser, voyager, élever des chiens et des chats, se prélasser à la plage, nager, regarder la télé, écouter de la musique, décorer leur intérieur, faire du jardinage, coudre, aller en boite de nuit, danser, consulter, « élargir ses horizons » (prendre des cours), et bouffer de la « culture » (livres, pièces de théâtre, concerts, films « indés »). Ainsi de nombreuses femmes, même dans le cas d'une réelle égalité salariale, préfèrent malgré tout fréquenter des hommes ou vendre leur cul dans la rue – c'est-à-dire garder un maximum de temps pour elles – plutôt que gâcher des heures et des heures chaque jour à accomplir pour quelqu'un d'autre un boulot chiant, abrutissant et pas créatif qui fait d'elles pire que des bêtes, des machines ou, au mieux – si elles parviennent à trouver un « bon » job – des co-gérantes du tas de merde. Ce qui va libérer les femmes, donc, de la domination masculine, c'est l'élimination totale du système argent-travail ; pas l'égalité économique à l'intérieur de ce système.
3. Le Pouvoir et le Contrôle. Ne maîtrisant pas du tout les relations qu'il entretient avec les femmes, l'homme atteint le rang de maître en manipulant l'argent et toutes les choses et toutes les personnes qui sont contrôlées par l'argent, à savoir tout et tout le monde.
4. Un substitut à l'amour. Incapable de donner de l'amour ou de l'affection, l'homme donne de l'argent. Ainsi il se sent maternel. La mère donne du lait, il donne du pain. Il est le Gagne-Pain.
5. Donner un but à l'homme. Incapable de savourer l'instant présent, l'homme a toujours besoin d'espérer quelque chose. L'argent lui fourni alors un but éternel, sans fin : pensez seulement à ce que vous pourriez faire avec 80 trillions de dollars, investir ! Et d'ici trois ans vous aurez 300 trillions de dollars !!!
6. Donner à l'homme le meilleur moyen de contrôler et manipuler : la paternité.
La Paternité et les maladies mentales (peur, lâcheté, timidité, petitesse, insécurité, passivité) : Maman veut ce qu'il y a de mieux pour ses enfants ; Papa veut juste ce qu'il y a de mieux pour Papa, c'est-à-dire qu'on lui fiche la paix, qu'on flatte son fantasme de dignité (qu'on le « respecte »), qu'on lui renvoi une bonne image de lui-même (le prestige) et qu'on lui donne l'occasion de tout contrôler et tout manipuler ou, s'il est un père « ouvert », de « donner des conseils ». Il veut sa propre fille, aussi, sexuellement – il donne sa main en mariage ; tout le reste est pour lui.
Papa, à la différence de Maman, ne peut jamais rien céder à ses enfants puisqu'il doit à tout prix maintenir l'illusion de sa fermeté, de sa rigueur, de sa pertinence inconditionnelle et de sa puissance.
À force de ne jamais faire comme on l'entend, on en vient à perdre toute estime de soi et à accepter passivement le statu quo. Maman aime ses enfants ; il lui arrive de s'énerver mais sa colère s'estompe vite et, même à son paroxysme, elle n'efface ni l'amour ni le simple respect. Sentimentalement infirme, Papa n'aime pas ses enfants ; il les tolère. S'ils sont « sages », voilà, s'ils sont gentils, « respectueux », obéissants, soumis à sa volonté, calmes et surtout pas sujets à ces sauts d'humeur qui traumatiseraient le si fragile système nerveux masculin de Papa – autrement dit, s'ils sont des légumes apathiques. Si jamais ils ne sont pas « sages », il ne s'énerve pas – pas s'il est un père moderne et « civilisé » (la brute épaisse délirante et fulminante de jadis reste préférable, puisqu'elle est si ridicule qu'on peut facilement la mépriser) – mais exprime sa désapprobation, une attitude qui, contrairement à la colère, s'éternise et bannie toute forme d'acceptation, laissant à l'enfant une impression d'inutilité totale et une vie entière à chercher l'approbation des autres ; il en résulte une peur de penser par soi-même, car cela conduit à des opinions et des modes de vie que quelqu'un pourrait désapprouver.
Si l'enfant veut l'approbation de Papa il doit respecter Papa et, n'étant lui-même qu'une pourriture, Papa ne peut être respecté que s'il reste un peu détaché, distant, partant du principe que « la familiarité engendre le mépris », ce qui est évidemment vrai quand on est méprisable. En étant distant et détaché, il reste inconnu, mystérieux, et ainsi il inspire la peur (le « respect »).
Cette désapprobation des « scènes » et des sentiments amène à redouter toute émotion forte, à redouter sa propre colère et sa propre haine et à redouter la réalité, puisque affronter la réalité mène spontanément à la colère et à la haine. Cette peur de la colère et de la haine, couplée à un cruel manque de confiance en soi et en sa capacité à changer le monde – ou du moins à modifier un tant soit peu son propre destin – conduit à la conviction stupide selon laquelle le monde et la plupart des gens qui y vivent sont sympas et que même le divertissement le plus anodin est vraiment génial ou profondément satisfaisant.
L'effet de la paternité sur les garçons en particulier, c'est de les transformer en « Mecs », autrement dit les écarter à tout prix de leur passivité, leur propension à jouer les grandes folles et leur désir de devenir une femme. Chaque petit garçon cherche à imiter sa mère, à être elle, à fusionner avec elle, mais Papa l'interdit. C'est lui la mère, c'est lui qui fusionne avec elle. Alors il explique à son fils, parfois directement, parfois à demi-mot, qu'il ne doit pas être une femmelette, qu'il doit agir comme un « Mec ». Le fils, qui se chie dessus tellement il « respecte » son père, obéit et devient tout comme Papa, un modèle de « virilité », le vrai rêve Américain – Le crétin hétérosexuel bien dressé.
L'effet de la paternité sur les filles, c'est de les transformer en homme – dépendantes, passives, domestiquées, animalisées, dociles, fragiles, en quête de sécurité et d'approbation, lâches, médiocres, « respectant » l'autorité et les hommes, renfermées, pas vraiment réactives, à moitié mortes, banales, fades, conventionnelles, ramollies et complètement méprisables. La Fille à Papa, toujours crispée et craintive, ringarde, privée de capacité d'analyse et d'esprit critique, qui vénère son Papa et par extension tous les hommes, acculée par la peur (le « respect »), est non seulement incapable de voir la coquille vide derrière le masque de nonchalance mais accepte, en plus, la vision supérieure qu'à l'homme de lui-même, se pensant femme, et la vision inférieure qu'il a d'elle, la pensant homme – ce qu'elle est en réalité, du coup, merci Papa.
C'est le développement de la paternité, dû à l'accroissement et la meilleure répartition des richesses dont la paternité a tant besoin pour prospérer, qui est responsable de la bêtise générale croissante et du déclin des femmes aux États-Unis depuis les années 20. L'étroit lien qui unit abondance des richesses et paternité n'a essentiellement offert qu'aux pires filles, à savoir les filles de classe moyenne « privilégiées », le droit à cette « éducation ».
L'effet des pères sur le monde, en résumé, n'a été que de le corrompre à grands coups de masculinité. L'homme est un anti-Midas : tout ce qu'il touche se change en merde.
La Neutralisation de l'individualité, la Bestialité (domesticité et maternité) et le Fonctionnalisme : L'homme n'est qu'un amas de réflexes conditionnés, incapable de penser librement ; il est prisonnier de ses conditionnements originels, complètement déterminé par ses expériences passées. Ses premières expériences concernent sa mère et il reste dépendant d'elle toute sa vie. L'homme ne réalise jamais vraiment qu'il ne fait pas partie de sa mère, qu'il est lui et qu'elle est elle.
Son plus grand besoin est d'être guidé, abrité, protégé et admiré par Maman-Chérie (les hommes attendent des femmes qu'elles admirent ce que les hommes détestent le plus : eux-mêmes) et, n'étant qu'un être physique, il rêve de passer son temps (le temps qu'il ne passe pas « dans le monde » à lutter avec acharnement contre sa passivité) à se vautrer dans des activités bestiales basiques – manger, dormir, chier, se relaxer et être câliné par Maman-Chérie. Passive et écervelée, la Fille à Papa, toujours avide d'approbation, d'une petite tape sur la joue et quêtant le « respect » du premier tas de déchets venu, se laisse facilement abaisser au rang de Maman-Chérie : celle qui assouvit, amorphe, tous les besoins physiques, celle qui apaise celui qui épuise, le front simiesque, celle qui stimule l’ego chétif, cette adoratrice du méprisable, une bouillotte avec des nichons.
L'abêtissement des femmes de la classe sociale la plus arriérée – la classe moyenne « privilégiée et éduquée », ce rebut de l'humanité – où Papa règne en maître, a été si systématique qu'elles en viennent à chercher l'éclate dans la douleur de l'accouchement et, au cœur de la plus grande nation du monde et au beau milieu du 20ème siècle, continuent à trimbaler partout des enfants qui leur bouffent les seins. Ce n'est pas pour le bien de l'enfant, d'ailleurs, que les « experts » expliquent aux femmes que Maman-Chérie doit rester à la maison et y ramper comme un animal, mais bien pour celui de Papa ; le nichon est là pour que Papa puisse s'y cramponner ; l'horreur douloureuse de l'accouchement pour que Papa puisse vicieusement s'éclater par procuration (comme il est à moitié mort, seuls des stimuli extrêmes peuvent le faire réagir).
Réduire la femme à un animal, à une Maman-Chérie, à un homme, est nécessaire pour des raisons aussi bien psychologiques que pratiques : l'homme n'est qu'un fragment de l'espèce, interchangeable avec n'importe quel autre homme. Il n'a pas de véritable individualité, puisque l'individualité naît avec la curiosité, lorsque l'on s'ouvre au monde extérieur et qu'on crée des relations. Complètement égocentriques, capables de créer des relations uniquement avec leur propre corps et leurs propres sensations physiques, les hommes ne diffèrent les uns des autres que par le degré d'implication et les outils qu'ils déploient à combattre leur passivité et leur désir d'être des femmes.
L'individualité de la femme, dont l'homme a pleinement conscience mais qu'il est incapable de comprendre, de partager ou d'atteindre émotionnellement, l'emplie de terreur et d'envie. Alors il l'en prive et s'applique à définir tout le monde en terme de rôle et d'utilité, s'attribuant à lui-même, évidemment, les rôles les plus importants – docteur, président, scientifique – et s'offrant ainsi une identité, à défaut d'une personnalité, tout en essayant de se convaincre et de convaincre les femmes (il a surtout réussi à convaincre les femmes) que le rôle des filles est de porter et élever des enfants, d'apaiser, conforter et booster l’ego de l'homme ; et donc que le rôle des filles est d'être interchangeables. En réalité, le rôle de la femme est de créer du lien, s'éclater, s'aimer, être soi-même et être irremplaçable ; le rôle de l'homme est de produire du sperme. Nous avons maintenant des banques de sperme.
En réalité le rôle de la femme est d'explorer, de découvrir, d'inventer, de résoudre les problèmes, de faire des farces, de jouer de la musique – le tout avec amour. En d'autres termes, de créer un monde magique.
L'Impossibilité de l'Intimité : Même si l'homme, honteux de ce qu'il est et d'à peu près tout ce qu'il fait, insiste sur l'importance de l'intime et du secret dans chaque aspect de sa vie, il n'a pas vraiment de respect pour l'intimité. Étant vide, étant incomplet, un être déchiré, n'ayant rien à découvrir chez lui-même et cherchant constamment la compagnie des femmes, il ne voit aucun problème à envahir les pensées d'une fille, même d'une parfaite inconnue, n'importe où et n'importe quand, mais il s'indignera et se sentira insulté si on le lui reproche, et confus également – il ne peut pas, question de vie ou de mort, comprendre comment on peut préférer ne serait-ce qu'une minute de solitude plutôt que la compagnie du premier tordu venu. Voulant devenir une femme, il aspire à constamment être entouré de femmes, ce qui se rapproche le plus d'en devenir une, alors il a créé une « société » basée sur la famille – un mâle et une femelle avec des enfants (la bonne excuse pour avoir une famille), vivant tous et toutes les un·e·s sur les autres et violant sans scrupules les droits, la vie privé et la santé mentale des femmes.
L’Isolement, la Banlieue pavillonnaire et l'Impossibilité de la Communauté : Notre société n'est pas une communauté, mais seulement un agglomérat de cellules familiales isolées. Pas du tout sûr de lui, terrifié à l'idée que sa femme puisse le quitter si elle s'expose à d'autres hommes ou à n'importe quoi qui ressemble de près ou de loin à la vie, l'homme cherche à l'isoler des autres hommes et du peu de civilisation qui existe ; alors il déménage en banlieue, cet agglomérat de couples égocentriques avec des enfants. L'isolement lui permet d'essayer de maintenir l'illusion de son individualité en devenant un « individualiste farouche », un solitaire, confondant son égoïsme autarcique avec de la personnalité.
Mais il existe une autre raison pour laquelle l'homme s'isole : chaque homme est une île. Prisonnier de lui-même, émotionnellement isolé, incapable de créer du lien, l'homme déteste la civilisation, les gens, les villes et les situations qui requièrent une capacité à comprendre et s'identifier aux autres. Alors, comme un lapin effrayé, il détale avec son petit trou du cul de Papa dans la nature sauvage, dans les banlieues ou, dans le cas du « hippie » – complètement ailleurs, mec ! – tout au bout des plus lointains pâturages où il peut tranquillement niquer, se reproduire et foutre le bordel avec ses perles et sa flûte.
Le « hippie », dont le désir d'être « Mec », « individualiste farouche », n'est pas aussi fort que chez l'homme standard et qui, de plus, est très excité à l'idée d'avoir pleins de femmes à sa disposition, se rebelle contre la dure vie du Gagne-Pain et la monotonie de n'avoir qu'une seule épouse. Au nom du partage et de la coopération, il forme un village associatif ou une tribu qui, malgré tous ses principes de solidarité et en partie à cause d'eux (le village, étant une grande famille, n'est qu'une plus grande occasion de violer les droits, la vie privée et la santé mentale des femmes) ne sont pas plus une communauté que la « société » normale.
Une véritable communauté est un ensemble d'individu·e·s – pas des simples fragments d'une espèce, pas des couples – qui respectent l'individualité et la vie privée de chacun·e et qui, en même temps, interagissent avec intelligence et sensibilité – des esprits libres ayant des relations libres – et coopèrent pour atteindre des buts communs. Les conservateurs disent que la base de notre « société », c'est la famille ; les « hippies » parlent de tribu ; personne ne parle des individu·e·s.
Le « hippie » blablate à propos de l'individualité mais n'en sait pas plus que n'importe quel autre homme à ce sujet. Il souhaite retourner à la Nature, retourner à l'état sauvage, retourner dans l'antre des animaux poilus dont il fait partie, loin de la ville où l'on trouve au moins une trace, un embryon de civilisation, il veut vivre à l'état primal et passer son temps à faire des activités simples et pas intellectuelles – cultiver, niquer, enfiler des perles. L'activité la plus importante du village, celle sur laquelle le projet est fondé, c'est le gang-bang. Le « hippie » est attaché à son village, et surtout à la perspective de toutes ces chattes disponibles – le bien commun de base, utilisable à la demande – mais, aveuglé par l'envie, il ne parvient pas à prévoir tous les autres hommes avec qui il va falloir partager, ni la jalousie et la possessivité des chattes elles-mêmes.
Les hommes ne peuvent pas coopérer pour atteindre des buts communs, parce que le but ultime de chaque homme est d'avoir toutes les chattes rien que pour lui. Le village, du coup, est voué à l'échec : chaque « hippie », paniqué, attrapera la première simplette amoureuse venue et filera avec elle, aussi vite que possible, pour s'installer en banlieue. L'homme ne peut pas faire progresser la société, il ne peut qu'osciller entre l'isolement et le gang-bang.
Le Conformisme : Même s'il veut être un individu, l'homme est terrifié par tout ce qui, en lui, diffère un tant soit peu des autres hommes ; il craint alors de ne pas être vraiment un « Mec », d'être passif et uniquement guidé par le sexe, une crainte extrêmement dérangeante. Si les autres hommes sont « Alpha » et que lui ne l'est pas, il n'est peut-être pas un homme ; il est peut-être une tapette. Alors il essaie d'affirmer sa « Virilité » en ressemblant à tous les autres hommes. L'originalité chez les autres hommes, autant que chez lui-même, le menace ; elle montre que ce sont eux les tapettes qu'il doit à tout prix éviter, alors il essaie de s'assurer que tous les autres hommes conforment.
L'homme ose être différent dans la mesure où il accepte sa passivité et son désir d'être une femme, son côté grande folle. L'homme le plus éloigné de lui-même est une drag-queen mais il reste, bien que différent de la plupart des hommes, semblable aux autres drag-queens ; comme tout bon fonctionnaliste, il a un personnage – il est une femme. Il essaie de régler ses problèmes en les étiquetant – mais toujours pas de personnalité. Pas vraiment convaincu qu'il est une femme, extrêmement inquiet de ne pas suffisamment être féminine, il se conforme compulsivement aux stéréotypes féminins créés par l'homme, finissant par devenir rien de plus qu'un amas de minauderies artificielles.
Afin d'être certain d'être un « Mec », l'homme doit s'assurer que les femmes sont bien des « Nanas », les opposées des « Mecs », donc que les femmes sont bien des tapettes. Et la Fille à Papa, dont on a arraché, petite, tous les instincts de femelle, s'adapte facilement et poliment à ce rôle.
L’Autorité et le Gouvernement : N'ayant aucun sens du bien et du mal, ni aucune conscience, puisque celle-ci n'existe que lorsque l'on est capable d'empathie... N'ayant aucune foi en son existence vaine, cherchant toujours la compétition et étant, par nature, incapable de coopérer, l'homme ressent le besoin d'être guidé et contrôlé. Alors il créé des autorités – prêtres, experts, patrons, chefs, etc – et un gouvernement. Voulant être guidé par une femme (la Maman Chérie) mais incapable de l'assumer (après tout, il est un HOMME), voulant jouer à la Dame et usurper sa fonction de guide et de protectrice, il veille à ce que toutes les autorités soient masculines.
Il n'y a aucune raison qu'une société composée de gens rationnels, capables d'empathie, accomplis et sans désir spontané de compétition, possède un gouvernement, des lois ou des chefs.
La Philosophie, la Religion et la Morale basée sur le Sexe : L'incapacité qu'a l'homme de créer des liens avec qui ou quoi que ce soit rend sa vie inutile et vaine (la thèse masculine la plus aboutie est que le monde est absurde), il a donc créé la philosophie et la religion. Étant vide, il se tourne vers l'extérieur, pas seulement pour y trouver un guide ou de l'ordre, mais aussi le salut et le sens de la vie. Le bonheur étant pour lui impossible sur Terre, il a créé le Paradis.
Pour un homme, qui n’a aucune capacité d’empathie et qui n’est qu’un obsédé sexuel, c’est « mal » d’être sexuellement « débauché » et d’avoir des pratiques « déviantes » (« pas viriles »), c’est-à-dire de ne pas lutter contre sa passivité et son obsession sexuelle qui, s'il les écoutaient, détruiraient la « civilisation », puisque la « civilisation » est uniquement basée sur le besoin qu'à l’homme de lutter contre ses caractéristiques masculines. Pour une femme (d’après les hommes), c’est « mal » d’adopter tout comportement qui pourrait entraîner l’homme dans la « débauche » sexuelle – autrement dit de ne pas placer les besoins de l’homme avant les siens propres et de ne pas être une tapette.
La Religion donne non seulement à l'homme un but (le Paradis) et lui permet de garder les femmes sous contrôle, mais elle offre aussi une série de rituels pendant lesquels il peut essayer d’expier la culpabilité et la honte qu’il ressent à ne pas assez lutter contre ses pulsions sexuelles ; en gros, cette culpabilité et cette honte qu’il ressent à être un homme.
La plupart des hommes, complètement lâches, projettent leurs faiblesses intrinsèques sur les femmes, décrètent ces faiblesses comme féminines et se pensent eux-mêmes forts de toutes les qualités féminines. La plupart des philosophes, un peu moins lâches, admettent certains défauts chez l’homme, mais n’admettent toujours pas qu’ils existent uniquement chez l’homme. Alors ils nomment la condition masculine « Condition humaine », théorisent leur vacuité, qui les remplit d'effroi, comme un dilemme philosophique, donnant ainsi de l’ampleur à leur bestialité, nomment avec grandiloquence leur vacuité « Question d’Identité » et radotent pompeusement à propos de la « Crise de l’Individu », de « l’Essence de l’Être », « l’Existence précède l’Essence », « Les Modes d'Être du Dasein », etc, etc.
Une femme, non seulement considère son identité et sa personnalité comme acquises, mais sait en plus instinctivement que le seul mal est de nuire aux autres, et que le sens de la vie est l’amour.
Les Préjugés (raciaux, ethniques, religieux, etc.) : L'homme a besoin de boucs émissaires sur lesquels il peut projeter ses déficiences et sa faiblesse, et contre lesquels il peut venger sa frustration de ne pas être une femme. Et les discriminations latentes ont l'avantage pratique de considérablement augmenter la masse de chattes disponibles pour les hommes au sommet de la pyramide.
La Compétition, le Prestige, la Situation, l'Éducation Formelle, l'Ignorance et les Classes Sociales et Économiques : Ayant un désir obsessionnel d'être admiré par les femmes, mais n'en étant intrinsèquement pas digne, l'homme construit une société complètement artificielle où il peut s'emparer d'une apparence de dignité via l'argent, le prestige, « l'élite », les diplômes, la situation professionnelle et le savoir tout en écrasant au maximum les autres hommes professionnellement, socialement, économiquement et via l'éducation.
Le but des études « supérieures » n'est pas d'éduquer mais d'exclure un maximum de gens d'un maximum de professions.
L'homme, uniquement physique, inapte aux échanges cérébraux, est capable de comprendre et d'utiliser des connaissances et des idées, mais n'est pas capable de les embrasser, d'en saisir la dimension émotionnelle ; il ne respecte pas le savoir et les idées en tant que telles (ce sont des moyens, pas des fins) et, par conséquent, n'a pas besoin de partenaire spirituel, pas besoin de cultiver les potentialités intellectuelles des autres. Au contraire, l'homme trouve un intérêt particulier à l'ignorance ; elle donne aux rares hommes instruits une avance décisive sur ceux qui sont ignares et, de plus, l'homme sait qu'une population de femmes éclairées et éveillées signifierait sa perte.
La femme saine et complète recherche la compagnie d'égales qu'elle peut respecter et avec qui elle peut s'éclater ; l'homme et la femme masculine, malade, fragile et pas du tout sûre d'elle, aspirent à fréquenter les vers.
Aucune véritable révolution sociale ne peut être accomplie par les hommes, car les hommes d'en haut veulent maintenir le statu quo, et tous les hommes d'en bas veulent devenir des hommes d'en haut. L'homme « révolté » est une plaisanterie ; ceci est une « société » d'hommes, faite par lui pour satisfaire ses besoins. Il n'est jamais satisfait, car il est incapable d'être satisfait. Au bout du compte, l'homme « révolté » est révolté d'être un homme. L'homme ne change que lorsque la technologie l'y oblige, lorsqu'il n'a plus le choix, lorsque la « société » arrive au point où il doit changer ou mourir. Nous sommes aujourd'hui arrivé à ce point ; si les femmes ne se bougent pas vite le cul, on risque bel et bien de tous et toutes mourir.
L’Impossibilité de la Conversation : Étant complètement égocentrique et incapable de ressentir quoi que ce soit à part lui-même, la « conversation » de l'homme, quand elle n'est pas à propos de lui, est un vrombissement impersonnel exempt de toute valeur humaine. La « conversation intelligente » de l'homme est une tentative forcée et compulsive d'impressionner les femmes.
La Fille à Papa, passive, malléable, respectueuse et admirative de l'homme, l'autorise à lui imposer son discours abominablement stupide. Ce n'est pas très difficile pour elle puisque la tension, l'anxiété, la nervosité, la fragilité, le doute, l'absence de confiance en ses propres sentiments et sensations que Papa a distillé en elle rend ses perceptions superficielles et l'empêche de remarquer que tout le blabla de l'homme n'est que du blabla ; pareil à l'esthète qui « apprécie » la bouillie qu'on appelle « Grand Art », elle croit adorer ce qui l'emmerde au plus au point. Non seulement elle permet à ce blabla de dominer, mais elle adapte en plus sa « conversation » en conséquence.
Formée dès le plus jeune âge à la gentillesse, la politesse et la « dignité », à flatter le mâle quand il cherche à masquer sa bestialité, elle réduit obligeamment sa « conversation » à des petits bavardages, une esquive fade et insipide de tous les sujets qui ne seraient pas hautement banals, ou à – dans le cadre de discussions « intellectuelles » ou « savantes » – des débats impersonnels sur des abstractions insignifiantes ; le Produit National Brut, le Marché Commun, l'influence de Rimbaud sur la peinture Symboliste. Elle est tellement encline à la flatterie que celle-ci devient tôt ou tard une seconde nature, elle continue alors à flatter les hommes même en compagnie uniquement de femmes.
Outre la flatterie, sa « conversation » est d'autant plus limitée par la peur d'exprimer des opinions déviantes ou originales et par l'égocentrisme né de cette peur ; et cela enlève tout charme à sa conversation. La gentillesse, la politesse et la « dignité », la peur et l'égocentrisme sont peu propices à l'intensité et la finesse, des qualités obligatoires pour une conversation digne de ce nom. De telles conversations sont peu répandues, car seules les femmes totalement sûres d'elles, effrontées, extraverties, fières et à l'esprit fort sont capables d'avoir des conversations intenses, vives et sexy.
L'Impossibilité de l'Amitié (de l'Amour) : Les hommes se méprisent eux-mêmes, méprisent tous les autres hommes qu'ils fréquentent un peu plus que d'habitude et qu'ils ne considèrent pas comme des femmes (par exemple les psychanalystes « compréhensifs » et les « Grands Artistes ») ou comme des représentants de Dieu et toutes les femmes qui les respectent et les flattent ; les femmes masculines, fragiles, en quête d'attention et flatteuses, se méprisent elles-mêmes ainsi que toutes les femmes dans leur genre ; les femmes féminines, confiantes, bouillonnantes et passionnées, méprisent les hommes et les femmes masculines flatteuses. En résumé, le mépris est à l'ordre du jour.
L'amour n'est ni de la dépendance ni du sexe, mais de l'amitié ; aussi l'amour ne peut pas exister entre deux hommes, entre un homme et une femme ou entre deux femmes quand l'une d'elles ou les deux sont sans cervelle, fragiles et toujours à flatter les hommes. Comme pour la conversation, l'amour ne peut exister qu'entre deux femmes féminines confiantes, émancipées, indépendantes et sensationnelles, puisque l'amitié est basée sur le respect, et non sur le mépris.
Mais même parmi les femmes sensationnelles, les amitiés intenses existent rarement à l'âge adulte, puisque la nette majorité d'entre elles sont soit ligotées à des hommes afin de survivre financièrement, soit trop occupées à se frayer un chemin dans la jungle et à essayer de garder la tête hors de la masse amorphe. L'amour ne peut s'épanouir dans une société basée sur l'argent et le travail inutile ; il requiert une liberté économique et individuelle totale, beaucoup de temps libre et l'occasion de s'engager dans des activités profondément absorbantes et émotionnellement satisfaisantes qui, partagées avec les gens qu'on respecte, conduisent aux amitiés les plus intenses. Notre « société » n'offre pratiquement aucune occasion de s'engager dans de telles activités.
Ayant banni du monde la conversation, l'amitié et l'amour, l'homme nous offre ces substituts pitoyables :
Le « Grand Art » et la « Culture » : « L'artiste » masculin veut régler son souci d'être incapable de vivre, incapable d'être une femme, en bâtissant un monde clairement artificiel dans lequel l'homme est héroïque, c'est-à-dire présente toutes les qualités féminines, et où la femme est réduite à des rôles clairement limités, inférieurs et insipides, c'est-à-dire à être un homme.
L'objectif « artistique » de l'homme n'étant pas de communiquer (étant creux il n'a rien à dire), mais de déguiser sa bestialité, il a recours au symbolisme et à l'obscur (les trucs « profonds »). L'écrasante majorité des gens, particulièrement celles et ceux qui sont « éduqué·e·s », n'ayant pas confiance en leurs propres jugements, humbles et respectueux de l'autorité (« Papa sait mieux » se traduit chez les adultes par « les critiques savent mieux », « l'auteur sait mieux », « les agrégés savent mieux »), se laissent facilement convaincre que l'obscur, le flou, l'incompréhensible, le détourné, l’ambigu et le chiant sont des marques de la profondeur et du génie.
Le « Grand Art » est censé prouver que les hommes sont supérieurs aux femmes, que les hommes sont des femmes, puisqu'il est nommé « Grand Art » et qu'il est, comme les anti-féministes aiment à nous le rappeler, surtout créé par des hommes. Nous savons que le « Grand Art » est grand parce que les autorités masculines nous l'ont dit, et nous ne pouvons prétendre le contraire, car seulement ceux à la sensibilité si raffinée et si supérieure à la nôtre peuvent percevoir et apprécier la Grandeur ; la preuve de leur sensibilité supérieure étant qu'ils apprécient la soupe qu'ils apprécient.
Apprécier, c'est la seule diversion des « cultivés » ; passifs et incompétents, manquant d'imagination et d'esprit, c'est ce qu'ils peuvent faire de mieux ; incapable de créer leurs propres distractions, de créer un petit monde à eux, de modifier un temps soit peu leur environnement, ils doivent accepter ce qu'on leur donne ; incapable de créer ou de s'identifier, ils sont spectateurs. Bouffer la « culture » est une tentative désespérée, frénétique de s'éclater dans un monde chiant, d'échapper à l'horreur d'une existence stérile et sans âme. La « Culture » console l'ego des incompétents, permet aux spectateurs passifs de se justifier ; ils peuvent se targuer d'apprécier les choses « les plus fines », de voir un bijou où il n'y a que de la merde (ils veulent qu'on admire leur admiration). N'ayant pas foi en leur capacité à changer les choses, résignés au statu quo, ils sont obligés de trouver de la beauté dans la merde puisque, aussi loin qu'ils puissent se projeter dans la vie, ils ne trouveront que de la merde.
La vénération de « l'Art » et de la « Culture » – en plus de conduire beaucoup de femmes vers des activités ennuyeuses et passives qui les éloignent des activités plus importantes et gratifiantes, des dons qu'elles pourraient activement cultiver – conduit à l’agression constante de notre sensibilité par de pompeuses dissertations sur l'intense beauté de telle ou telle merde. Cela permet à « l'artiste » de se présenter comme possédant des sentiments, des perceptions, des visions et des opinions supérieures, sapant ainsi la foi qu'ont les femmes fragiles en la valeur et la validité de leurs propres sentiments, perceptions, visions et opinions.
L'homme, ayant un éventail d'émotions très limité et, par conséquent, des perceptions, des visions et des opinions très limitées, a besoin de « l'artiste » pour le guider, pour lui expliquer un peu la vie. Mais « l'artiste » masculin, étant uniquement sexuel, incapable de ressentir la moindre chose à part ses propres sensations physiques, n'ayant rien à exprimer à part ce trait de génie selon lequel la vie de l'homme serait vaine et absurde, ne peut pas être un artiste. Comment celui qui n'est pas capable de vivre pourrait nous expliquer la vie ? « L'artiste masculin » est une contradiction dans les termes. Un être dégénéré ne peut produire qu'un « art » dégénéré. Les véritables artistes ce sont toutes les femmes sûres d'elles et équilibrées et, dans une société féminine, le seul Art, la seule Culture sera l’œuvre de ces femmes ambitieuses, déjantées et fabuleuses qui s'éclatent entre elles et avec tout le reste de l'univers.
La Sexualité : Le sexe n'a rien à voir avec une relation ; au contraire, c'est une expérience solitaire, pas créative, une abjecte perte de temps. La femme peut facilement – bien plus facilement qu'elle pourrait le croire – bannir ses pulsions sexuelles, la laissant complètement sereine et cérébrale et libre de vivre des relations et des activités qui valent vraiment le coup ; mais l'homme, qui raffole sexuellement des femmes et qui cherche constamment à les chauffer, pousse les plus libidineuses vers une luxure frénétique, les jetant dans un gouffre de sexe dont peu de femmes parviennent à s'échapper. Le mâle lubrique excite la femelle lascive ; il n'a pas le choix – si la femme transcende son corps et s'élève au-dessus de sa bestialité, l'homme, dont l'ego se résume à sa bite, finit par disparaître.
Le sexe est le refuge des idiot·e·s. Et plus une femme est idiote, plus elle est profondément empêtrée dans la culture « masculine », en gros plus elle est gentille, plus elle aime le sexe. Les femmes les plus gentilles de notre « société » sont des obsédées sexuelles délirantes. Mais comme elles sont terriblement, terriblement gentilles elles ne s'abaissent jamais, évidemment, à baiser – c'est grossier – elles préfèrent plutôt faire l'amour, elles parlent le langage du corps et instaurent un échange sensuel ; les littéraires vibrent aux rythmes harmonieux d’Éros et parviennent à étreindre l'Univers ; les religieuses entrent en communion spirituelle avec la Divine Sensualité ; les mystiques fusionnent avec le Principe Érotique et se noient dans le Cosmos, et les droguées sous acide en appellent à leurs cellules érotiques.
D'un autre côté, ces femmes les moins empêtrée dans la « Culture » masculine, les moins gentilles, ces âmes grossières et simples pour qui baiser c'est juste baiser, qui sont trop gamines pour le monde adulte des banlieues, des crédits immobiliers, des serpillières et de la merde de bébé, trop égoïstes pour élever des enfants et des maris, trop sauvages pour en avoir quelque chose à foutre de l'opinion qu'on a d'elles, trop arrogantes pour respecter Papa, les « Grands » ou la profonde sagesse des Anciens, qui ne croient que leurs tripes et leur instinct animal, pour qui la vraie Culture ce sont les autres nanas, dont le seul divertissement est de chercher le frisson et l'excitation, qui adorent faire des « scènes » dégoûtantes, obscènes et dérangeantes, ces salopes prêtent à péter les dents de tous ceux qui les agacent un peu trop, qui enfonceraient leur lame dans le torse d'un homme ou lui défonceraient le cul à coup de pic à glace au seul motif de croiser son regard, si elles savaient pouvoir s'en tirer, en résumé celles qui, d'après les standards de notre « société » sont de la racaille, sont les SCUM... Ces femmes là sont sereines, plutôt cérébrales et frôlent l'asexualité.
Affranchies de la convenance, de la gentillesse, de la discrétion, de l'opinion publique, de la « morale » et du « respect » des trous du cul, toujours fabuleuses, obscènes et ignobles, les SCUM ont fait le tour... et le tour, et le tour... du spectacle, elles ont tout regardé – absolument tout – les scènes de baise, les scènes de pipe, les scènes de lèche – elles ont, comme l'écume, parcouru toute la berge, vu toutes les verges, toutes les queues de tous les quais, toutes les bittes de tous les ports... Il faut supporter beaucoup de sexe pour devenir anti-sexe, et les SCUM ont tout supporté, et elles sont maintenant prêtes pour un nouveau spectacle ; elles veulent s'extirper des bas-fonds, bouger, décoller, plonger. Mais les SCUM n'ont pas encore triomphé ; les SCUM sont toujours dans le caniveau de notre « société » qui, à moins qu'on change son cap actuel et si la Bombe ne lui tombe pas dessus, finira par sombrer d'elle-même vers la mort.
L’Ennui : La vie dans une « société » faite par et pour des créatures qui, quand elles ne sont pas sinistres et déprimantes, sont profondément ennuyeuses ne peut qu'être, si ce n'est sinistre ou déprimante, profondément ennuyeuse.
Le Secret, la Censure, l'Élimination du Savoir et des Idées, et la Délation : Tous les hommes partagent la même peur profonde, secrète et hideuse : la peur d'être découvert comme n'étant pas une femme, mais un homme, un animal plus bas que l'humain. Bien que la gentillesse, la politesse et la « dignité » lui permettent d'éviter cette mise à nu d'un point de vue personnel, il faut éviter la mise à nu généralisée du sexe masculin dans son ensemble et maintenir sa position dominante et artificielle dans la « société ». L'homme a donc recours à :
1. La Censure. Réagissant par réflexe à des mots et des phrases isolées au lieu de réfléchir à leur sens général, l'homme essaie d'éviter l'excitation et la révélation de sa bestialité en censurant, non seulement la « pornographie », mais n'importe quelle œuvre contenant des mots « obscènes », qu'importe le contexte dans lequel ils sont employés.
2. L’Élimination de toute idée ou savoir qui pourraient le mettre à nu ou menacer sa position « sociale » dominante. De nombreuses découvertes biologiques et psychologiques sont tenues secrètes, car elles sont la preuve de la grossière infériorité du mâle face à la femelle. De plus, le problème des maladies mentales ne sera jamais résolu tant que l'homme aura le pouvoir, d'abord parce qu'il y trouve un intérêt – seules les femmes à qui il manque des cases peuvent accorder aux hommes la moindre parcelle de pouvoir sur quoi que ce soit – et ensuite parce que l'homme n’admettra jamais le rôle que joue la paternité dans l'apparition des maladies mentales.
3. La Délation. La plus grande joie de l'homme – dans la mesure où l'homme rustre et sinistre puisse éprouver de la joie – est de dénoncer les autres. Ce qu'il dénonce n'a pas vraiment d'importance, tant qu'il dénonce ; au moins on ne fait pas attention à lui. Dénoncer les autres comme des agents de l'ennemi (Communistes ou Socialistes) est un de ses passe-temps favoris, puisqu'alors la menace est écartée non seulement loin de lui, mais aussi loin du pays et de tout l'Occident. Les vers ne grouillent pas dans son cul ; ils grouillent en Russie.
La Méfiance : Incapable d'empathie, de ressentir de l'affection ou d'être loyal, n'existant que pour lui uniquement, l'homme n'a aucun sens du fair-play ; lâche, flattant constamment la femelle pour décrocher son approbation, sans laquelle il est condamné, craignant toujours que sa bestialité se révèle, que sa masculinité soit percée à jour, ayant toujours besoin de tout dissimuler, il est obligé de mentir constamment ; étant vide, il n'a aucun honneur ni aucune intégrité – il ne sait pas ce que ces mots signifient. L'homme, pour faire court, est traître, et la seule attitude appropriée dans une « société » masculine est le cynisme et la méfiance.
La Laideur : Étant uniquement sexuel, incapable d'avoir des réactions cérébrales ou artistiques, totalement consumériste et avide, l'homme, en plus d'infliger au monde le « Grand Art », a décoré ses villes sans horizons de bâtiments hideux (à l'intérieur comme à l'extérieur), de décors hideux, de panneaux publicitaires, d'autoroutes, de voitures, de camions-poubelles et, surtout, de sa propre présence fétide.
La Haine et la Violence : L'homme est rongé par la tension, par la frustration de ne pas être une femme et de ne pas être capable d'atteindre la moindre satisfaction ou le moindre plaisir ; il est rongé par la haine – pas cette haine rationnelle qu'on a pour ceux qui vous agressent ou vous insultent – mais par une haine irrationnelle, aveugle... Une haine, au fond, qu'il a pour sa propre existence absurde.
La violence gratuite, en plus d'être une « preuve » qu'il est un « mec », sert d'exutoire à sa haine et, par ailleurs – l'homme étant capable de réactions uniquement sexuelles et nécessitant de très forts stimuli pour stimuler son existence de mort-vivant – elle lui offre un léger frisson sexuel.
La Maladie et la Mort : Toutes les maladies peuvent être soignées, et le vieillissement et la mort sont dues à des maladies ; il est possible, donc, de ne jamais vieillir et de vivre pour toujours. En réalité, les problèmes du vieillissement et de la mort pourraient être réglés en quelques années, si et seulement si les scientifiques prenaient massivement d'assaut le sujet. Cela, malheureusement, n'arrivera pas dans une société dirigée par les hommes, parce que :
1. De nombreux hommes scientifiques reculent face aux recherches biologiques, terrifiés à l'idée de découvrir que les hommes sont des femmes, et montrent une préférence nette pour les choses viriles, « de mec », comme la guerre et la mort.
2. Beaucoup de scientifiques potentiel·le·s sont découragé·e·s des carrières scientifiques à cause du rigorisme, de l'ennui, du coût exorbitant, de la perte de temps et de l'injuste exclusivité sociale qui caractérisent notre enseignement « supérieur ».
3. La propagande diffusée par des professionnels fragiles, qui gardent jalousement leur position, stipule qu'une poignée d'élus seulement peut comprendre les concepts scientifiques abstraits.
4. Le manque de confiance en soi, très répandu par le système patriarcal, décourage de nombreuses filles talentueuses à devenir scientifiques.
5. Il n'y a pas assez d'automatisation. Il existe aujourd'hui une quantité astronomique de données qui, une fois triées et analysées, pourraient révéler le remède contre le cancer, contre bien d'autres maladies et peut-être le secret de la vie elle-même. Mais les données sont si massives que leur analyse requière des ordinateurs extrêmement puissants. La généralisation des ordinateurs continuera d'être ralentie dans ce système contrôlé par les hommes, puisque l'homme déteste être remplacé par des machines.
6. Le système argent-travail a un besoin insatiable de nouveaux produits. La plupart des rares scientifiques qui ne travaillent pas sur des projets de mort sont contraints à faire des recherches pour les grandes corporations.
7. L'homme aime la mort – elle l’excite sexuellement et, vu qu'il est déjà mort à l'intérieur, il veut mourir tout court.
8. Le système argent-travail attire les scientifiques les moins créatifs. La majorité des scientifiques viennent de famille au moins relativement aisées où Papa règne en maître.
Incapable d'atteindre l'état positif qu'est le bonheur – la seule chose qui peut justifier l'existence de quelqu'un – l'homme est au mieux relaxé, détendu, au point mort, mais cette situation est de courte durée car l'ennui, un état négatif, s'installe rapidement ; il est, du coup, condamné à une vie de souffrances, soulagée uniquement par des périodes occasionnelles et fugaces de repos, un état qu'il ne peut atteindre qu'au détriment d'une femme. L'homme, c'est dans sa nature, est une sangsue, un parasite émotionnel et, du coup, il ne peut moralement pas être autorisé à vivre, car personne n'a le droit de vivre au détriment de quelqu'un d'autre.
Tout comme les humains ont plus droit à l'existence que les chiens puisqu'ils sont plus évolués et qu'ils ont une conscience supérieure, les femmes ont plus droit à l'existence que les hommes. Éliminer n'importe quel homme est donc un acte juste et bon, un acte hautement bénéfique pour les femmes autant qu'un acte de charité.
De toute façon, cette question morale deviendra tôt ou tard purement théorique puisque l'homme s'élimine progressivement tout seul. En plus de s'engager dans les traditionnelles et classiques guerres et émeutes raciales, les hommes deviennent de plus en plus des tapettes ou se désintègrent dans la drogue. Les femmes, qu'elles le veulent ou non, prendront tôt ou tard le contrôle, pour la simple et bonne raison qu'elles n'auront pas le choix – l'homme, concrètement, n'existera plus.
Cette tendance s'accélère car de plus en plus d'hommes développent une conscience supérieure de leurs propres intérêts ; ils réalisent de plus en plus que l'intérêt des femmes est aussi le leur, qu'ils ne peuvent vivre qu'à travers les femmes et que plus les femmes sont encouragées à vivre, à s'accomplir, à être féminines et non masculines, plus ils se rapprochent de la vie ; ils commencent à comprendre qu'il est plus satisfaisant de vivre à travers elles plutôt que d'essayer de devenir elles, de voler leurs qualités, de se les accaparer, de rabaisser les femmes et d'arguer qu'elles sont des hommes. La tapette, l'homme qui accepte sa masculinité, c'est-à-dire sa passivité et son intérêt uniquement sexuel, son côté efféminé, est lui aussi plus satisfait entouré de femmes vraiment accomplies, car c'est alors plus facile pour lui d'être un homme, d'être efféminé. Si les hommes étaient sensés ils essaieraient de devenir vraiment des femmes, ils poursuivraient d'intensives recherches biologiques pour permettre aux hommes, par des opérations du cerveau et du système nerveux, de se transformer psychologiquement, aussi bien que corporellement, en femmes.
La question de l'usage de femelles pour la procréation ou de la reproduction de l'espèce dans des laboratoires deviendra aussi purement théorique : qu'arrivera-t-il quand toutes les femmes, de douze ans ou plus, prendront sans y penser la Pilule et qu'il n'y aura plus aucun accident ? Combien de femmes voudront tomber ou (dans le cas d'un accident) rester enceinte ? Non, Virginie, les femmes n'adorent pas être des poules pondeuses, qu'importe ce que la masse robotique de femmes endoctrinées en dira. Quand la société ne sera composée que des plus éveillées la réponse sera : aucune. Faudra-t-il alors parquer un pourcentage donné de femmes et les forcer à servir de poules pondeuses pour l'espèce ? Ça n'est manifestement pas la solution. La réponse, c'est la fabrication des bébés en laboratoire.
Quant au problème de poursuivre ou non la production de mâles, il n'y pas de raison que les hommes, comme les maladies, sous prétexte qu'ils aient toujours existé parmi nous, doivent continuer à exister. Quand le contrôle génétique sera possible – et il le sera sous peu – il va sans dire que nous devrons uniquement produire des êtres entiers, complets, sans tares physiques et sans déficiences, y compris des déficiences émotionnelles, comme la masculinité. La production délibérée de gens aveugles serait profondément immorale, tout comme la production délibérée de créatures aux émotions boiteuses.
Pourquoi d'ailleurs produire des femelles ? Pourquoi devrait-il exister des générations futures ? Quel est leur intérêt ? Si le vieillissement et la mort sont éliminées, pourquoi continuer à se reproduire ? Pourquoi devrions-nous en avoir quelque chose à faire de ce qui se passe après notre mort ? Pourquoi devrions-nous en avoir quelque chose à faire qu'il y ait ou non une génération plus jeune pour nous succéder ?
À la longue, le cours naturel des événements, de l'évolution social, conduira au contrôle total des femmes sur le monde et, logiquement, à l'arrêt de la production de mâles et, à terme, à l'arrêt de la production de femelles.
Mais SCUM est impatiente ; SCUM n'est pas consolée à l'idée que les générations futures puissent s'épanouir ; SCUM veut un peu de frissons dans sa propre vie. Et si une large majorité de femmes étaient des SCUM, elles pourraient prendre le contrôle complet de ce pays en quelques semaines à peine, en arrêtant simplement de travailler, paralysant ainsi la nation entière. Des mesures additionnelles, chacune d'elle étant suffisante pour ébranler complètement l'économie et tout le reste, pourraient être prises : arrêter d'acheter, ne faire que piller, et simplement refuser d'obéir à toutes les lois dont on ne voit pas l'intérêt. Les forces de police, la Garde nationale, l'Armée de Terre, de l'Air et la Marine combinées ne pourraient pas écraser la rébellion de plus de la moitié de la population, surtout si elle est organisée par les gens sans qui les hommes sont complètement paumés.
Si toutes les femmes abandonnaient les hommes, simplement, et refusaient d'avoir affaire au moindre d'entre eux – jamais, à aucun homme – le gouvernement et l'économie du pays s’effondreraient complètement. Même sans les abandonner, les femmes qui ont conscience de l'étendue de leur supériorité et de leur pouvoir sur les hommes pourraient prendre le contrôle complet de tout en quelques semaines, pourraient mettre en place une soumission totale des hommes aux femmes. Dans une société saine, l'homme trotterait docilement derrière la femme. L'homme est docile et facilement guidé, facilement soumis à la domination de n'importe quelle femme qui verrait un intérêt à le dominer. L'homme, en fait, cherche désespérément à être guidé par les femmes, il veut que Maman-Chérie décide, il veut s'abandonner dans ses bras attentionnés. Mais nous ne sommes pas dans une société saine, et la plupart des femmes n'ont pas la moindre idée de leur pouvoir potentiel sur les hommes.
Le conflit, du coup, n'est pas entre les femmes et les hommes, mais entre les SCUM – dominantes, confiantes, sûres d'elles, obscènes, violentes, égoïstes, indépendantes, fières, en quête de frisson, en roue libre, arrogantes, des femmes qui s'estiment prêtes à régner sur l'univers, qui ont roulé, libres, jusqu'aux limites de cette « société » et qui sont parées à rouler vers quelque chose de bien plus grand que ce qu'elle a à offrir – et les gentilles Filles à Papa passives, dociles, « cultivées », polies, dignes, soumises, dépendantes, effrayées, idiotes, fragiles et en quête d'approbation, qui ne peuvent supporter l'inconnu, qui préfèrent se vautrer dans n'importe quel égout du moment qu'il leur est familier, qui veulent traîner derrière avec les singes, qui se sentent à l'aise seulement avec Gros Papa à leur côté, avec un grand et fort bonhomme sur qui s'appuyer et avec une grosse tête velue à la Maison Blanche, qui sont trop lâches pour affronter l'hideuse réalité des hommes, le vrai visage de Papa, qui ont tout donné aux cochons, qui se sont adaptées à la bestialité, qui y trouvent un confort relatif et qui ne connaissent aucune autre façon de « vivre », qui ont abaissé leur esprit, leurs pensées et leurs visions au niveau des hommes, qui, manquant tant de jugeote, d'imagination et d'intelligence n'ont de valeur que dans une « société » masculine, qui ont droit à leur place au soleil, ou plutôt dans la vase, mais seulement en tant que baiseuses, que boosteuses d'ego, là pour relaxer et pondre, qui sont rejetées et méprisées par les autres femmes, qui projettent leurs déficiences et leur masculinité sur toutes les autres femmes et qui considèrent la femme comme un ver.
Mais SCUM est trop impatiente pour attendre le dé-lavage de cerveau de ces millions de trous du cul. Pourquoi les femmes bouillonnantes devraient-elles continuer à traîner lamentablement avec les mornes femmes masculines ? Pourquoi le destin des filles épatantes et celui des nazes devraient-ils être liés ? Pourquoi les engagées et les créatives devraient-elles consulter les passives et les fades quant à la politique à suivre ? Pourquoi les indépendantes devraient-elles rester confinées dans l’égout avec les dépendantes qui ont besoin de s'accrocher à leur Papa ?
Une petite poignée de SCUM peut prendre le contrôle du pays en l'espace d'un an, par un foutage de merde systématique, des destructions matérielles ciblées, et des meurtres :
les SCUM deviendront de la main-de-désoeuvre, les ouvrières du foutage de merde ; elles accepteront toutes sortes de boulot et dé-travailleront. Par exemple, les vendeuses SCUM ne feront pas payer les produits ; les téléopératrices SCUM ne feront pas payer les appels ; les employées de bureau et d'usine SCUM, en plus de saboter leur travail, détruiront en secret le matériel. Les SCUM dé-travailleront à leur boulot jusqu'à être virées, puis trouveront un autre boulot où dé-travailler.
Les SCUM vireront de force les conducteurs de bus, les conducteurs de taxis et les vendeurs de ticket de métro puis piloteront les bus et les taxis et offriront des tickets gratuits à tout le monde.
Les SCUM détruiront tous les objets inutiles et dangereux – les voitures, les vitrines de magasin, le « Grand Art », etc.
Tôt ou tard les SCUM prendront le contrôle des ondes – des radios et des télévisions – en virant de force tous les employés de télévision ou de radio qui auraient gêné l'entrée des SCUM dans les studios.
Les SCUM briseront les couples – elles fonceront sur les couples mixtes (hommes-femmes), où qu'ils soient, et les briseront.
Les SCUM tueront tous les hommes qui ne font pas partie des Auxiliaires masculins de SCUM. Les hommes qui font partie des Auxiliaires masculins sont les hommes qui travaillent assidûment à leur propre disparition, les hommes qui, qu'importe leur motivation, font le bien, et les hommes qui jouent le jeu de SCUM. Voici quelques exemples d'hommes membres des Auxiliaires masculins de SCUM : Les hommes qui tuent des hommes ; les biologistes qui travaillent sur des projets constructifs, plutôt que sur la guerre bactériologique ; les journalistes, les écrivains, les rédacteurs, les éditeurs et les producteurs qui diffusent et promeuvent des idées qui vont dans le sens des objectifs de SCUM ; les tapettes qui, par leur exemple scintillant et lumineux, encouragent les autres hommes à se dé-masculiniser et, ainsi, à se rendre à peu près inoffensifs ; les hommes qui donnent sans arrêt des trucs gratuitement – argent, objets, services ; les hommes qui disent les choses comme elles sont (pour l'instant, pas un ne l'a fait), qui se révèlent aux femmes, qui leur avouent la vérité à propos d'eux, qui donnent aux idiotes femmes masculines des phrases correctes à répéter, qui leur explique que le principal but dans la vie d'une femme est d'écraser le sexe masculin (pour soutenir les hommes dans cet effort, SCUM proposera des Sessions Merdes, où chaque homme présent devra faire un discours commençant par « Je suis une Merde, une faible et abjecte Merde » puis listant toutes les raisons pour lesquelles il l'est effectivement. Sa récompense sera l'opportunité de fraterniser après la session pendant une heure entière avec les SCUM présentes. Les femmes masculines, gentilles et proprettes, seront invitées aux sessions pour les aider à clarifier les doutes et les incompréhensions qu'elles pourraient avoir au sujet du sexe masculin) ; les créateurs et distributeurs de livres et de films porno, qui nous rapprochent du jour où tout ce qui sera montré à l'écran ne sera plus que Pipe et Nique (les hommes, comme les rats qui suivent le Joueur de Flûte, seront séduits par la Chatte et menés vers leur extinction, seront dépassés et submergés et finiront tôt ou tard par se noyer dans la chair passive dont ils sont fait) ; les trafiquants de drogues et les avocats, qui précipitent la ruine des hommes.
Faire partie des Auxiliaires masculins est une condition nécessaire mais pas suffisante pour être sur la liste de ceux qui échapperont aux SCUM ; faire le bien n'est pas suffisant ; pour sauver leurs culs inutiles les hommes doivent aussi éviter de faire le mal. Voici quelques exemples d'hommes les plus odieux et nocifs : Les violeurs, les politiciens et tout ceux qui sont à leur service (militants, membres de partis politiques, etc) ; les chanteurs et les musiciens minables, les P.D.G., ceux qui Gagnent le Pain ; les propriétaires terriens ; les patrons de bouis-bouis et de restaurants qui passent de la musique d'ascenseur ; les « Grands Artistes » ; les petits et les mauvais joueurs ; les flics ; tous les magnats ; les scientifiques qui travaillent sur des projets de mort ou de destruction ou pour l'industrie privée (pratiquement tous les scientifiques) ; les menteurs et les tricheurs ; les DJ ; les hommes qui s'imposent un temps soit peu aux inconnues ; les agents immobiliers ; les traders ; les hommes qui parlent pour ne rien dire ; les hommes qui traînassent sans rien faire dans les rues et souillent le paysage par leur présence ; les fourbes ; les artistes escrocs ; ceux qui polluent ; les plagiaires ; les hommes qui font un temps soit peu de mal aux femmes ; tous les hommes qui travaillent dans la publicité ; les psychiatres et les psychologues cliniciens ; les écrivains, journalistes, rédacteurs et éditeurs malhonnêtes ; les censeurs, que ce soit dans la sphère publique ou dans la sphère privée ; tous les membres des forces armées, y compris les conscrits (LBJ et McNamara donnent les ordres, mais les soldats obéissent) et particulièrement les pilotes (si la Bombe tombe, ce n'est pas LBJ qui la lâche, c'est un pilote). Si jamais l'attitude d'un homme le situe à la fois dans la bonne et la mauvaise catégorie, une évaluation générale et partiale de sa personne sera effectuée pour déterminer si son attitude, dans l'absolu, est bonne ou mauvaise.
Il est très tentant d'abattre les femmes « Grandes Artistes » les menteuses, les tricheuses, etc. en même temps que les hommes, mais ce serait bien maladroit, car la plupart des gens ne comprendrait pas que la femme assassinée était en fait un homme. Toutes les femmes ont une part merdique, à plus ou moins grande échelle, mais elle provient d'une vie entière passée parmi les hommes. Éliminez les hommes, et les femmes progresseront. Les femmes sont améliorables ; les hommes non, bien que leur attitude puisse l'être. Quand les SCUM se bougeront le cul tout progressera très vite.
Parallèlement au foutage de merde, au pillage, au brisage de couple, à la destruction et au meurtre, SCUM recrutera. SCUM, alors, sera constituée de recruteuses ; d'un corps d'élite – les activistes hardcore (les fouteuses de merde, les pilleuses et les casseuses) et d'un corps d'élite de l'élite – les assassines.
Abandonner n'est pas la solution ; il faut foutre la merde. La plupart des femmes sont d'ors et déjà abandonnées ; elles n'ont jamais été intégrées. Abandonner donne le pouvoir à ceux qui n'abandonnent pas ; qu'on abandonne, c'est exactement ce que les gens au sommet veulent ; c'est faire le jeu de l'ennemi ; ça renforce le système au lieu de l'affaiblir, puisqu'il est entièrement basé sur la non-participation, la passivité, l'apathie et la désinvolture de la majorité des femmes. Abandonner, par ailleurs, est une excellente initiative venant des hommes et SCUM les y encouragera volontiers.
Chercher en soi le salut et contempler son nombril n'est pas, comme aimeraient nous le faire croire les Abandonneurs, la solution. Le bonheur se trouve hors de soi, on l’atteint en interagissant avec les autres. L'oubli de soi devrait être un objectif, pas l'obsession de soi. L'homme, uniquement capable de la seconde, fait de cette faute impardonnable une vertu et érige l'égocentrisme non pas en simple valeur mais en Valeur Philosophique, et se fait ainsi passer pour profond.
SCUM ne fera pas de manifestation, de sit-in, de marche ou de grève pour essayer de parvenir à ses fins. De telles méthodes sont pour les dames gentilles et douces qui s'adonnent soigneusement à ces actions justement parce qu'elles les savent inefficaces. Par ailleurs, seules les femmes masculines, décentes, proprettes et très bien formées à se fondre dans l'espèce agissent avec les masses. SCUM sont des individues ; SCUM n'est pas une masse, un tas informe. Seul le nombre exacte de SCUM nécessaires à une action sera envoyé pour la réaliser. De plus une SCUM, étant cool et égoïste, ne prendra pas le risque de se faire tabasser à coup de matraque ; cela est réservé aux gentilles filles « privilégiées, éduquées », de classe moyenne et à leur foi touchante en la bienveillance fondamentale de Papa et des policiers. Si SCUM décide de faire un sit-in, ce sera sur la face stupide et répugnante du Président ; si SCUM décide de marcher, ce sera dans l'ombre, armée de son long couteau.
SCUM agira de façon criminelle au lieu de pratiquer la désobéissance civile, c'est-à-dire au lieu de violer ouvertement la loi pour finir en prison afin d'attirer l'attention sur telle ou telle injustice. Ces types d'actions reconnaissent une certaine légitimité au système et ne servent qu'à nuancer subtilement des lois spécifiques. SCUM est contre le système dans son entier, contre l'idée même de loi et de gouvernement. SCUM est de sortie pour détruire le système, pas pour y décrocher certains droits. De plus, une SCUM – toujours cool et toujours égoïste – cherchera toujours à ne pas être repérée et punie. Les SCUM seront toujours furtives, insidieuses et sournoises (mais les assassinats du SCUM seront toujours clairement reconnaissables).
Les destructions et les assassinats seront sélectifs et caractéristiques. SCUM s'oppose aux émeutes cinglées et brouillonnes, sans objectif clair en tête et lors desquelles on perd trop de gens de son propre camp. SCUM n'organisera, n'encouragera et ne participera jamais à la moindre émeute ou à la moindre forme de destruction aveugle. SCUM traquera calmement, furtivement sa proie et décidera tranquillement de tuer. Les destructions n'auront jamais pour but de bloquer les routes servant au transport de nourriture ou d'autres produits vitaux, de contaminer ou d'empêcher l'accès à l'eau, de bloquer les rues et le trafic au détriment des ambulances ou de gêner le fonctionnement des hôpitaux.
SCUM continuera à détruire, piller, foutre la merde et assassiner jusqu'à ce que le système argent-travail n'existe plus et que l'automatisation soit complètement instituée, ou bien jusqu'à ce que suffisamment de femmes coopèrent avec SCUM pour que la violence ne soit plus nécessaire à l'accomplissement de ses objectifs, c'est-à-dire jusqu'à ce que suffisamment de femmes dé-travaillent ou bien lâchent leur job, se mettent à piller, abandonnent les hommes et refusent d'obéir à toutes les lois impropres à une société véritablement civilisée.
Beaucoup de femmes rentreront dans le rang, mais beaucoup d'autres, qui depuis longtemps se sont rendues à l'ennemi, qui se sont si bien adaptées à la bestialité et à la masculinité qu'elles en viennent à adorer les interdictions et les contraintes, qui ne savent pas quoi faire de la liberté, continueront à être des lèches-cul et des paillassons, tout comme les paysans riziculteurs restent des paysans riziculteurs pendant que les régimes se renversent les uns après les autres. Quelques-unes parmi les plus capricieuses gémiront, bouderont et jetteront leurs jouets et leurs torchons par terre, mais SCUM continuera tranquillement à leur rouler dessus.
Une société complètement automatisée peut être mise en place très facilement et très rapidement, à partir du moment où le peuple le demande. Les plans existent déjà, et sa création ne prendra que quelques semaines si des millions de gens y travaillent. Même sans système argent-travail, tout le monde sera ravi de mettre la main à la pâte et de bâtir une société automatisée ; elle marquera le début d'une nouvelle ère fantastique, et une ambiance de fête accompagnera sa construction.
L'élimination de l'argent et la généralisation de l'automatisation sont les bases de toutes les autres réformes de SCUM ; sans ces deux là aucune autre ne peut être mise en place ; et avec, les autres seront mises en place très rapidement. Le gouvernement s'effondrera automatiquement. Avec l'automatisation complète, chaque femme pourra directement voter pour n'importe quel sujet grâce à une machine électronique installée dans sa maison. Mais comme le gouvernement ne fait que réguler l'économie et légiférer sur des questions de vie privée, l'élimination de l'argent et, avec, l'élimination des hommes qui rêvent de légiférer la « morale » ne laisseront pratiquement plus aucun sujet pour lequel voter.
Une fois l'argent éliminé, il n'y aura plus aucune raison de tuer les hommes ; ils seront dépouillés du seul pouvoir qu'ils ont sur les femmes psychologiquement indépendantes. Ils ne pourront plus s'imposer qu'aux paillassons, qui aiment qu'on s'impose à elles. Le reste des femmes sera occupé à régler les quelques problèmes restants avant de s'organiser pour l'éternité et l'Utopie : réformer complètement l'éducation pour que des millions de femmes puissent en quelques mois accéder à des métiers exigeant un haut niveau intellectuel et qui, aujourd'hui, requièrent des années de formation (ce sera très facile une fois que notre éducation aura pour but d'éduquer et non pas de perpétuer une élite académique et intellectuelle), régler les problèmes de la maladie, de la vieillesse et de la mort, et redessiner complètement nos villes et nos quartiers. De nombreuses femmes continueront à croire pendant un moment qu'elles apprécient les hommes, mais plus elles s'habitueront à la société féminine et à poursuivre des projets absorbants, plus elles réaliseront la profonde inutilité et banalité de l'homme.
Les quelques hommes restant pourront finir leurs vieux jours défoncés par les drogues, à se pavaner en drag-queen, à observer passivement les femmes survoltées en action, s'accomplissant alors comme spectateurs et vivant par procuration*, ou à s'accoupler avec les lèches-cul dans les verts pâturages. Ils pourront aussi se diriger vers l’accueillant centre de suicide le plus proche, où ils seront gazés dans le calme, rapidement et sans douleur.
*Il sera technologiquement possible pour un homme de se connecter à la femme de son choix et de suivre à distance et en détail sa vie et ses mouvements. La femme en question l'acceptera gentiment et volontiers, puisque rien de tout ceci ne la dérangera le moins du monde et que c'est une façon merveilleuse et très humaine de traiter ses congénères infortunées et handicapés.
Avant l'automatisation complète, avant le remplacement des hommes par des machines, l'homme devra être au service des femmes, patienter sagement à leurs côtés, répondre à leurs moindres caprices, obéir à tous leurs ordres, être totalement soumis à elles et n'exister que pour être obéissant, à l'inverse de la situation actuelle, complètement pervertie et dégénérée, où les hommes non seulement n'existent pas du tout, encombrant le monde de leur présence ignoble, mais sont en plus flattés et portés aux nues par la masse des femmes, ces millions de pieuses vénérant ce Veau d'Or, ces chiennes tirant avec joie sur la laisse du maître, alors qu'en réalité l'homme le moins misérable, sans compter la tapette, est celui qui est reconnu comme chien – à qui on ne demande aucune émotion compliquée et avec qui c'est la femme, complète et dense, qui décide de tout. Les hommes rationnels veulent être rabaissés, piétinés, écrasés et humiliés, traités comme les bâtards et les saletés qu'ils sont, qu'on leur confirme qu'ils sont répugnants.
Les hommes malades, irrationnels, ceux qui essaient de lutter contre leur abjection, lorsqu'ils verront SCUM déferler sur eux, fileront s'accrocher à Maman-Chérie et à ses Bons Gros Nichons, mais les Nichons ne les protégeront pas de SCUM ; Maman-Chérie s'accrochera à Gros Papa, qui sera dans un coin à chier dans son fort et puissant caleçon. Les hommes rationnels, en revanche, ne se débattront pas, ne lutteront pas et ne feront pas tout un tas d'histoires pénibles, mais s'installeront confortablement, profiteront du spectacle et surferont sur la vague de leur extinction.
Valerie Solanas
1936 – 1988
Traduit par la Cité Furieuse